Enfant de la Hague, le peintre de l’Angélus
a toujours revendiqué avec fierté ses origines paysannes.
Imprégné jusqu’à la moelle de son Cotentin natal, le grand artiste « peignait en patois », préférant les gestes ordinaires des femmes et des hommes de la terre à une peinture académique. « Paysan je suis né, paysan je resterai. J’ai des choses à raconter et je les raconterai…Je suis touché par l’humain », clamait-il. Né au hameau de Gruchy à Gréville-Hague où sa maison natale reconstruite est devenue musée, Jean-François Millet est l’aîné d’une famille de huit enfants.Ses parents, Jean-Louis et Aimée, exploitaient une petite ferme. Son père repère ses talents en dessin et l’envoie à Cherbourg. Cela n’empêche pas le jeune homme de participer, le soir, aux travaux des champs. « L’Angélus est un tableau que j’ai fait en pensant comment, en travaillant autrefois dans les champs, ma grand-mère ne manquait pas, en entendant sonner la cloche, de nous faire arrêter notre besogne pour dire l’angélus pour ces pauvres morts. » Peint en 1859, l’Angélus, un des tableaux les plus connus au monde avec La Joconde de Léonard de Vinci, est exposé au musée d’Orsay à Paris. Monté à Paris grâce à une bourse de la ville de Cherbourg et du conseil général de la Manche, Jean-François Millet est un des fondateurs de l’école de Barbizon. Fier de ses origines paysannes, le peintre travaille « d’après nature ». La guerre franco-allemande de 1870 l’amène à retrouver Cherbourg où il se réfugie avec sa nombreuse famille. « Je sens que j’ai repris racine dans mon lieu natal, que ce sera un arrachement quand il m’en faudra partir… Je sens bien que j’aurai, une fois revenu, le mal du pays », écrit-il en 1871. Quelques mois, avant de mourir à Barbizon, au sud de Paris, il se lamente : « Ô mon pauvre Gréville, te reverrai-je ? » Il ne le reverra pas.